Traumatismes psychiques : un nouveau regard sur la douleur chronique en CETD

Le 01 novembre 2021

Traumatismes psychiques : un nouveau regard sur la douleur chronique en CETD

Dr Mario Barmaki, médecin de la douleur, Médipôle Lyon-Villeurbanne, Chef de service Département Douleur et Soins de support.

La prise en charge de la douleur chronique est par définition complexe car multifactorielle. Elle implique une véritable prise en charge adaptée à la problématique bio-psycho-sociale de chaque patient. C’est donc un travail « sur mesure » pour chaque patient, qui permet de limiter les impacts de cette douleur du quotidien, tant sur le plan personnel, professionnel, social, familial, intime que psychique.  Il n’est pas rare de rencontrer des patients dont l’histoire comporte des traumatismes profonds, avec des besoins d’adaptation de la prise en charge à leur vécu. Les séquelles traumatiques sont souvent bien ancrées et conditionnent inévitablement la perception de la douleur, et l’abaissement du seuil de tolérance à la souffrance globale.

Les axes classiques de la prise en charge de la douleur, déjà bien complexes, deviennent rapidement inadaptés pour ces situations de traumatismes. L’utilisation d’approches cognitivo-comportementales de type hypnose est un véritable atout pour démêler toutes les composantes de la souffrance sur laquelle les patients construisent leur vécu algique.

Dans la présentation faite durant cette journée, plusieurs cas cliniques particuliers ont été partagés, à commencer par les traumatismes de guerre, du patient ancien prisonnier en Irak, au rescapé des camps au Cambodge, puis nous avons illustré par des situations de vécu traumatismes de violences familiales ou dans l’enfance.

« La question du syndrome douloureux d’une personne est très vaste. La prise en charge est multimodale et pluridisciplinaire. Tolérance, perception et interprétation en fonction de chaque individu ».

Le premier patient est un ancien prisonnier en Irak d’origine Kurde. Le séjour (et les interrogatoires musclés) dans les prisons militaires à cause de son origine et de ses opinions politiques ont généré des traumatismes cervicaux ayant nécessité une neuro-chirurgie en France. Son vécu algique avec des névralgies cervico-brachiales commence à répondre aux suggestions hypnotiques, alors que l’approche médicamenteuse exclusive avait montré ses limites depuis plusieurs mois. Un autre patient, ancien prisonnier au Cambodge avait été torturé pendant 14 mois, laissant des séquelles physiques et psychiques profondes, et surtout des douleurs bien ancrées impactant sur le quotidien et sur les actes simples de la vie. L’hypnose a été un outil décisif dans la gestion plus apaisée de ce vécu douloureux chronique.

Deux autres patientes ont été victimes de brutales violences psychiques interfamiliales pour l’une, et d’agression physique et de viol par un membre proche de la famille. Le vécu est encore bien manifeste dans le quotidien, avec des impacts digestifs (colopathies, pudendalgies, lombalgies sine materia …). Nous avons pu cheminer avec ces patientes vers un niveau d’intégration différent de ces douleurs protéiformes, rendant le quotidien un peu moins pire… La reconnaissance de ce statut est souvent une étape rassurante et déculpabilisante, indispensable aux patients pour pouvoir avancer dans leur parcours tortueux de douloureux chroniques.

L’hypnose est donc un outil intéressant dans ces approches du contexte traumatique. La recommandation d’usage est de savoir s’entourer des professionnels nécessaires pour aider dans ces approches très difficiles, et de ne jamais essayer d’empiéter sur un champ de compétence qui n’est pas le sien, car nous cheminons souvent avec les patients sur des champs de mines dont on ne peut que très difficilement préjuger des capacités d’explosion.


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