« Notre corps est génétiquement programmé pour bouger, quel que soit notre âge ! »

Le 02 août 2021

« Notre corps est génétiquement programmé pour bouger, quel que soit notre âge ! »
Pr François Carré, cardiologue et médecin du sport, CHU Pontchaillou, Rennes

On ne peut que l’affirmer, d’autant que les preuves scientifiques des bénéfices de l’exercice physique chez les séniors ne manquent pas, la pratique régulière d’une activité physique nous fait vivre plus longtemps et en meilleure santé. L’enjeu est majeur puisqu’en 2060, un tiers de la population française aura plus de 60 ans (1).

La définition du “sujet âgé” est floue et évolutive.
Pour l’OMS, un sujet est senior après 60 ans et âgé après 75 ans.

Cependant, on le sait également, si le sport conserve, bien souvent, à partir de 60 ans, la motivation pour le pratiquer s’émousse alors que ses bienfaits sont là : le sport améliore les capacités respiratoires, la force musculaire, le sommeil, aide à prévenir l’ostéoporose, la dépression. Rappelons que l’activité physique agit en effet comme un médicament, il faut donc en faire tous les jours car notre corps est génétiquement programmé pour bouger. D’un point de vue cardio-vasculaire, c’est en faisant du sport que l’on redonne aux vaisseaux la capacité de bien se dilater car avec le vieillissement, ils perdent de leur souplesse. Chez les seniors, il s’agit surtout de compenser la perte musculaire liée à l’âge (2). On peut ainsi conseiller les activités de renforcement musculaire, comme la marche, le vélo, le golf, mais aussi tant que cela est possible, le saut à la corde ou le simple fait de monter et descendre des escaliers par exemple.

« La pratique régulière d’un sport améliore le bien-être émotionnel, le bien-être physique, la qualité de vie et la perception de soi. Ce rôle bénéfique se retrouve aussi bien chez les adolescents que les personnes âgées. Il est également montré que la qualité de vie des malades chroniques se trouve améliorée ». (3)

Pour le senior, il n’y a pas d’activité physique spécifique à une pathologie particulière, il faut seulement tenir compte de son degré d’autonomie et d’endurance afin de lui proposer celle qui est la plus adaptée. Avant 65 ans, on peut miser sur les exercices de coordination, d’assouplissements qui agissent sur l’équilibre et anticipent notamment les chutes. Chez les plus fragiles, avec des troubles cognitifs, on préférera le neuro-training avec, par exemple, des exercices de marche arrière, de marelle ou de marche souvenir qui stimule à la fois les fonctions mémoire du cerveau avec un effet rebond très positif. Il est ici essentiel de rappeler la nécessaire synergie des acteurs de terrain (professionnels de santé ou de l’activité physique, élus et personnels des collectivités locales) qui accompagnent les seniors dans leur pratique et ce, en fonction de leur profil particulier.

Les nouvelles recommandations de l’OMS concernant l’activité physique (4) rappellent que dans le cadre de leur programme hebdomadaire de mise en forme, les personnes âgées devraient pratiquer des activités variées et à plusieurs composantes qui mettent l’accent sur l’équilibre fonctionnel et des exercices de force d’intensité modérée ou supérieure, 3 fois par semaine ou davantage, afin d’améliorer leur capacité fonctionnelle et de prévenir les chutes ; sans pour autant s’abstenir des 30 minutes d’activité physique requise au quotidien. 

Une petite révolution est en train de s’opérer avec l’avènement des applications santé dans le monde médical. Grâce aux outils connectés, les professionnels de santé peuvent désormais disposer d’informations en continu sur les constantes vitales des patients. Les applications et autres trakers d’activité ou surveillance de constantes (pression artérielle, pulsations cardiaques, taux de saturation en oxygène…) comme les bracelets ou les montres connectées sont multiples et concernent de nombreuses disciplines de la cardiologie. S’ils apparaissent comme des outils de suivi et de motivation intéressant, il faut aussi qu'ils soient utilisés à bon escient par leurs utilisateurs, d’autant s’ils avancent en âge, afin qu’ils puissent en tirer parti en termes de motivation et de satisfaction. Bien que ces objets connectés soient de plus en plus ergonomiques, un accompagnement à leur utilisation, notamment par le médecin, le kinésithérapeute ou l’éducateur sportif, est souvent requis.  

1- Projections de population à l’horizon 2060, Nathalie Blanpain, Olivier Chardon, division Enquêtes et études démographiques, Insee, 2010 https://www.insee.fr/fr/statistiques/1281151
2- Prescription d’activité physique et sportive Les personnes âgées, HAS, 2019 https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2019-07/app_248_ref_aps_pa_vf.pdf
3- Mesures de l’activité physique et effet global sur la santé, Inserm https://www.ipubli.inserm.fr/bitstream/handle/10608/97/Chapitre_9.html?sequence=742
4- Pour une meilleure santé, chaque mouvement, OMS, novembre 2020. Plan d’action mondial pour promouvoir l’activité physique 2018-2030. https://www.who.int/fr/news/item/25-11-2020-every-move-counts-towards-better-health-says-who

Professeur François Carré, Professeur de physiologie cardiovasculaire et de l’exercice musculaire à la Faculté de Médecine de Rennes, cardiologue et médecin du sport, responsable des Services d’Explorations Fonctionnelles et de Médecine du Sport au CHU Pontchaillou de Rennes et directeur adjoint de l’Unité INSERM U 1099. Expert au sein de l’Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité. (ONAPS) http://www.onaps.fr/

Intervention programmée à la Journée « ACTIVITE PHYSIQUE, Accompagner, Prescrire, Orienter » les 7 & 8 décembre 2021 à Paris.
Programme et inscription ici


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