L’hypnose : un couteau suisse identique pour tous ?

Le 01 juin 2021

Dans les villes et campagnes, les hypnothérapeutes ou hypnopraticiens se multiplient tels des fleurs aux couleurs et formes variées pouvant laisser les personnes demandeuses perplexes : qui choisir ? En effet, les champs d’application sont multiples, tout comme les domaines dans lesquels l’hypnose s’exerce et cet outil multifonctionnel ressemble à un couteau suisse ! Pour autant peut-il être utilisé par tous de la même façon ? Quelques précisions s’imposent.

Actuellement, quatre domaines d’application de l’hypnose sont identifiés (1) :

  • la pratique thérapeutique ;
  • la pratique autour du « bien-être », du développement personnel ;
  • la pratique en recherche ;
  • la pratique du spectacle.

Si la pratique du spectacle et celle de la recherche ont des objectifs qui nécessitent des compétences claires pour celui qui l’exerce (objectif de divertissement pour le premier et objectif de la compréhension du phénomène pour le second), la pratique thérapeutique et celle à visée du bien être et/ou du développement personnel ont des objectifs qui peuvent paraitre communs.

Rappelons cependant que l’hypnose thérapeutique vise à « diagnostiquer ou à traiter un problème de santé selon l’expertise du professionnel qui l’emploie » alors que celle du « bien-être » est axée sur une nouvelle manière d’être à soi (être connecté à ses sensations, ses ressentis…). Dès lors, il parait évident que les outils de ce même couteau suisse ne seront pas utilisés pour un même objectif : la lime à ongles en thérapeutique ne vise pas la même amélioration que dans la gestion du bien-être ! Cela sous-entend aussi que selon nos compétences, nous serions plus à même à exercer dans un domaine que dans un autre (les professionnels de santé et les autres). Hélas, dans les villes et dans les campagnes, impossible de savoir qui a une formation en santé à la seule lecture de la plaque d’hypnothérapeute du praticien, sauf à lui demander directement.

« Ainsi l’hypnose est un merveilleux couteau suisse qui nécessite que celui qui l’utilise soit formé,
sache à quoi servent les différents éléments qui le composent,
accepte de ne pas tout utiliser et le manie dans le respect de celui qui en a besoin ».

A regarder d’un peu plus près le domaine de l’hypnose thérapeutique, là encore, les professionnels n’emploient pas tous de la même façon ce couteau suisse : entre la pratique au bloc opératoire (hypno-sédation) très spécifique, la pratique dans le contexte des douleurs (hypno-analgésie), domaine très large, ou celle dans le contexte du psychisme (hypnothérapie) domaine ciblé ; la lame, le tire-bouchon ou le tournevis ne seront pas proposés dans le même objectif, voire certains ne seront pas utilisés.

Le professionnel accueille la demande d’une personne dans un contexte où la relation thérapeutique, la compréhension de la demande, la mobilisation des connaissances éthiques, déontologiques, la relation à l’autre … vont permettre d’exprimer l’intention thérapeutique c’est-à-dire l’objectif de soin. Il parait alors indispensable que chaque professionnel puisse être conscient de ses compétences et de ses savoirs afin de pouvoir valider ou référer la personne qui le sollicite (consentement éclairé). Ce qui n’empêche pas de continuer à se former pour acquérir de nouvelles compétences afin d’utiliser le ciseau à bois !

Ainsi l’hypnose est un merveilleux couteau suisse qui nécessite que celui qui l’utilise soit formé, sache à quoi servent les différents éléments qui le composent, accepte de ne pas tout utiliser et le manie dans le respect de celui qui en a besoin.

  1. L’hypnose, Antoine Bioy, Éditions Que sais-je ? août 2020, 9 €.

Et pour en savoir plus

  • L’hypnose, ça marche vraiment ? Dr Aim Philippe, Éditions Marabout, août 2020, 7.90 €.
  • L’Hypnose et thérapies brèves, normes et liberté par Philippe Aïm, Jean-Pierre Kahn dans L'information psychiatrique 2012/9 (Volume 88).
  • « L’hypnose thérapeutique-un art relationnel jouant de l’attention dans l’intention de soigner » par E Bonvin, Schweiz Arch Neurol Psychiatr. 2012; 164 (08): 286-292.

Christine Berlemont, infirmière ressource douleur, travaille actuellement avec l’équipe de recherche du Pr Poisbeau, au CNRS. Elle est formatrice en douleur et hypnoanalgésie depuis plusieurs années. Elle est également membre de la commission professionnelle infirmière de la SFETD (Société Française d’Étude et de Traitement de la Douleur) et membre du comité éditorial de la revue Douleur et Analgésie.

« Se former et déployer ses compétences », intervention programmée en atelier lors de la Journée francophone de l’Hypnose, le 11 octobre 2021, Espace Saint-Martin, Paris 3e.

Programme et inscription ici


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