Hypnose thérapeutique : qu’avons-nous appris en 2020 ?

Le 01 mars 2021

Depuis plus d’un an a déferlé sur la planète un virus inconnu jusqu’alors, un coronavirus appelé SARS-CoV-2 provoquant une maladie nouvelle, la COVID-19. Comme chaque fois que cela se produit le monde est démuni, sidéré, désorienté, pris de court. Il n’y a pas de repère, pas de solution toute prête. L’incrédulité, la surprise, le désarroi s’installent dans la population d’autant plus intensément que les autorités républicaines et scientifiques semblent dépassées. Le flou, les contre-vérités, les croyances s’installent. Les média se font les vecteurs de la peur qui infuse : la maladie, la mort, la contagion, des mots qui font mal.

Dans une société fragile le terrain est propice : les gens sont fragilisés par un contexte social tendu, en ébullition dans l’attente de réformes incertaines vécues comme dangereuses pour le travail, les libertés, la retraite, la santé. Alors dans ce terreau se greffent tous les éléments d’un traumatisme psychologique sévère : un évènement imprévu, porteur d’un danger vital, devant lequel on ne peut ni fuir ni combattre ; tout y est.

Et les éléments post-traumatiques sont vite là : isolement familial, professionnel, sociétal ; perte d’emploi, de revenus ; peur de se contaminer ou de contaminer ses proches, ses parents, ses enfants ; peur d’être contaminé par son entourage, peur du voisin, de l’ami, peur de ne plus pouvoir être soigné pour sa maladie chronique ou son cancer, peur d’avoir des séquelles ; sentiment d’impuissance ; compensations : addictions, maltraitances, viol, inceste ; et pour les soignants tout est exacerbé : ne pas pouvoir soigner, ne pas avoir de médicament, laisser mourir, se contaminer, s’épuiser dans une tache sans cesse renouvelée comme le tonneau des Danaïdes.

« Ce syndrome de stress entraine un dysfonctionnement des réseaux du monde intérieur, cortex préfrontal médian, système limbique, amygdale, cortex cingulaire, système du nerf vague ».

Burn-out, dépression, douleurs chroniques se multiplient. Les périodes de confinement strict exacerbent ces symptômes. On retrouve les conséquences de la scène post-traumatique au niveau neurophysiologique avec l’installation d’un syndrome de sensibilisation centrale. Ce syndrome de stress entraine un dysfonctionnement des réseaux du monde intérieur, cortex préfrontal médian, système limbique, amygdale, cortex cingulaire, système du nerf vague. Cette « inflammation » se traduit par une augmentation massive de la production d’interleukines pro-inflammatoires, les cytokines qui éloignent ces réseaux de leur état basal.

Il a été démontré par de nombreuses publications que l’hypnose, comme dans une moindre mesure la stimulation du nerf vague, avait pour effet de pacifier ces réseaux et de ramener ces médiateurs de l’inflammation à la normale.

L’hypnose agit donc favorablement sur tous les éléments traumatiques associés à cette pandémie, en purgeant les réseaux concernés des médiateurs de cette inflammation, remettant les éléments traumatiques à leur juste place dans la mémoire épisodique, et ré ancrant le sujet dans le présent en le sortant du figement.

En pratique il s’agit d’aller chercher le sujet là où il se trouve dans son trauma, et de le ramener confortablement dans sa réalité présente, « ici et maintenant ».

Les techniques d’hypnoses sont diverses, il n’y a pas de script, de recette magique : il faut aller capter le patient dans ses peurs, ses angoisses, ses phobies et le remettre dans un bon imaginaire qui lui est propre. Il va se remettre en mouvement. Les indications sont diverses : douleurs, phobies, angoisse, peur d’un examen invasif, urgences.

Pour les soignants, après des journées éprouvantes, pas facile de se reconnecter à leur quotidien et de gérer leur stress. Là encore l’hypnose, sous forme surtout d’autohypnose, permet de purger sa sphère inconsciente de tous ces agrégats traumatiques qui préparent au burn-out, au sentiment d’incompétence, d’inutilité, de dangerosité, aux conséquences parfois très graves.

Cette crise de la Covid-19 nous aura peut-être appris l’humilité : l’imprévisible est toujours possible, suivi de la peur et de la dépression. Il faut savoir être réactifs, se protéger, remettre en action nos ressources pour faire face sans s’effondrer. Ces ressources sont en nous, et l’hypnose peut les aider à se déployer pour faire face.

« Il faut donc en parler, la diffuser comme un moyen thérapeutique très adapté à la situation actuelle, y compris pour les soignants, la faire connaitre. Nous nous y attachons. »

Dr Jean-Pierre Alibeu, Anesthésiste-réanimateur. Médecin de la douleur, Hypnothérapeute, co fondateur du DU d’Hypnose médicale de l'Université  Grenoble Alpes, Praticien hospitalier honoraire du CHU Grenoble Alpes, Directeur de Globalescence formation hypnose.

« Les différents visages du stress et du trauma : qu’avons-nous appris en 2020 ? »,
Intervention programmée en conférence plénière lors de la Journée francophone de l’Hypnose, le 11 octobre 2021, Espace Saint-Martin, Paris 3e. https://www.trilogie-sante.com/congres-nationaux/journee-francophone-de-l-hypnose-2021


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