CHU de Lille : Les atouts de la filière gériatrique

Le 02 novembre 2017

L’objet de la filière gériatrique est d’organiser les différentes phases de la prise en charge hospitalière autour de la personne âgée. Les discontinuités et le risque de décompensation s’en trouvent limités. La filière gériatrique couvre l’intégralité des parcours possibles de la personne âgée, et prend en compte le caractère évolutif de ses besoins de santé.

Le pôle gériatrie du CHU de Lille s’organise autour de la filière gériatrique, explique le Pr François Puisieux, en ouvrant les travaux des « Régionales de gérontologie ». Dans le Nord Pas-de-Calais, les filières gériatriques représentent au total la plus grande capacité en lits dans les établissements de santé avec 27 % des lits d’hospitalisation complète : 10 % des lits de médecine (7 500) sont des courts séjours gériatriques, 30 % des lits de soins de suite/rééducation (5 300) ont la mention spécialisée, 100 % des USLD (1 556). Trente-neuf établissements de la région (69 %) possèdent au moins une unité gériatrique.

La filière gériatrique s’inscrit dans Le Groupement Hospitalier de Territoire (GHT) issu de la loi de modernisation de notre système de santé du 26 janvier 2016. L’objectif des GHT est de permettre à tous les patients un meilleur accès aux soins en renforçant la coopération entre les établissements de santé. La mise en place des GHT repose sur l’organisation de la gradation des soins hospitaliers et le développement des stratégies médicales et soignantes de territoire ainsi que l’élaboration d’un projet médical partagé qui porte sur toutes les activités et qui organise une offre de soins de proximité et de recours.

Il existe certes des freins au développement des filières gériatriques. Ce sont les contraintes financières, la crainte de l’image péjorative de la « gériatrisation » de l’hôpital, la démographie des gériatres…

La recherche infirmière et paramédicale

L’absence de discipline infirmière est gênante « mais ne rend pas impossible, ni infaisable la  recherche infirmière et/ou paramédicale » ! explique Mme Catherine Bargibant, Cadre de santé. La « complexité naturelle » des situations de soins est liée à la singularité des individus, à leur histoire, au moment,  aux contextes, à la relation intersubjective et singulière entre ces individus, voire à la combinaison de ces différentes variables. La filière gériatrique permet de gérer cette complexité.

En ce qui concerne la recherche en soins infirmiers, il existe peu de classification, de typologies satisfaisantes à ce jour. Les seules classifications, pour l’instant, sont d’ordre législatif, qui sont réductrices, et qui surtout, reposent sur le paradoxe entre autonomie professionnelle et dépendance.

Les pathologies fréquentes chez les personnes âgées

Les personnes âgées souffrent souvent de plusieurs pathologies. La filière gériatrique permet de mieux coordonner les étapes des différentes spécialités.

Ainsi, l'AVC est une pathologie grave qui touche principalement les personnes âgées. Il peut entraîner des séquelles nécessitant une prise en charge spécifique : consultations post-AVC, éducation thérapeutique (patient et entourage), mise en place d’aides et rôles des paramédicaux. Le Dr Nelly Dequatre-Ponchelle, neurologue, souligne les progrès de la prise en charge de l’accident vasculaire cérébral (AVC).

Les patients ayant un antécédent d’infarctus cérébral ou d’accident ischémique transitoire sont à haut risque vasculaire [(récidive d’AVC (3-5 % /an) ; infarctus du myocarde (2 % /an) ; « mort vasculaire » (2 %/an)]. L’enjeu est donc d’éviter la survenue d’un nouvel événement par la prévention secondaire. Diminuer le risque de récidive, c’est diminuer le risque de séquelles « visibles » et « moins visibles ». La mise en place de stratégies combinées de prévention secondaire permettrait de réduire de 80 % le risque de survenue d’un nouvel événement vasculaire

Le Pr Charlotte Cordonnier, neurologue, rappelle que l’AVC est « une urgence vitale ». La qualité de la récupération dépend directement de la rapidité de prise en charge. Parmi les symptômes les plus fréquents, la paralysie ou l'engourdissement d'un côté du corps, des troubles du langage, une diminution soudaine de la vision d'un œil, des vertiges ou des troubles de l'équilibre, plus rarement un mal de tête brutal. On distingue deux sortes d'AVC, selon la nature des troubles de la circulation sanguine en cause. Les plus nombreux (80 %) sont les accidents d'origine ischémique, lorsqu'une artère se bouche. Les accidents d'origine hémorragique, lorsqu'un vaisseau sanguin se rompt, représentent quelque 20 % des AVC. La filière AVC permet d’augmenter le nombre de patients pouvant bénéficier d’une thrombolyse, d’une surveillance en unité neuro-vasculaire (UNV) adaptée au mieux aux spécificités de l’AVC et de l’Accident Ischémique Transitoire (bénéfice dans les premières 48 heures après la survenue de l’AVC), d'améliorer la fluidité de la prise en charge des patients tout au long de son parcours de soins depuis la phase pré-hospitalière, en passant par l’hospitalisation (soins aigus et soins de suite et réadaptation) et jusqu’à la réinsertion.

En ce qui concerne l’insuffisance cardiaque, le Pr François Puisieux fait le point sur les nouveaux traitements, citant particulièrement la nouvelle molécule LCZ696 (sacubitril-valsartan).  Mais à côté du traitement médical, il est indispensable de pouvoir proposer à la majorité des patients une éducation thérapeutique. Le Dr Bertrand Stalnikiewicz, Médecin généraliste, insiste sur la prise en charge pluridisciplinaire et le parcours de soins.

Par ailleurs, les pathologies ophtalmiques du patient âgé décrites par le Pr Pierre Labalette sont fréquentes et sources de handicaps. Ce sont principalement la cataracte, la DMLA et le glaucome chronique, risques de cécité chez les patients âgés.

La personne âgée atteinte de maladie chronique présente souvent des plaies difficiles.

Cécile Pruvot, IDE Equipe Mobile de Gériatrie, rappelle que les plaies du sujet âgé, et particulièrement les escarres, sont un problème de santé publique sous estimé. Le « regard gériatrique » est primordial, les causes étant multifactorielles. L’organisation en filière favorise la conciliation de deux logiques : l’interdisciplinarité de l’approche et la nécessité d’avoir un interlocuteur préférentiel. Les filières contribuent à l’adaptation de notre système de santé au vieillissement de la population.

Elles restent cependant insuffisantes pour endiguer les besoins liés à la vague démographique des personnes âgées qui se situent aussi en dehors du soin.

En conclusion, Madame Sadki Saida, Assistante de service social et le Dr Xavier Deplanque, Praticien Hospitalier indiquent que, de l’Hôpital à l’EHPAD, le but est d’accompagner la personne âgée dans l’émergence de « son » projet de vie.

Le projet de vie formulé par la personne ainsi valorisée dans un climat de confiance, est recueilli par le professionnel. La participation de la famille et de l’entourage est nécessaire pour collecter un maximum de données et pour les impliquer.

Ces coopérations permettent d'organiser une prise en charge spécialisée des patients au plus près de chez eux, tout en structurant la filière de recours vers le CHU.

• Journée de formation des Régionales de gérontologie de septembre 2017.


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